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HPI, HPE, TDAH ou hypersensibilité : quelles différences ?

Photo du rédacteur: Alexandra Polaczyk
Alexandra Polaczyk
15 oct.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 20 heures

Un soir, vous lisez un post sur l'hypersensibilité et vous vous y reconnaissez. Le lendemain, une vidéo sur le HPI vous parle tout autant, puis un témoignage sur le TDAH vous décrit presque trait pour trait. Et voilà que quelqu'un évoque le haut potentiel émotionnel et ça fait écho. À force, vous ne savez plus très bien ce qui vous concerne. Hypersensibilité, HPI, HPE, TDAH : le point sur ce qui les rapproche et ce qui les distingue.


Bulles de questions, comme celles qui surgissent quand on se reconnaît à la fois dans l’hypersensibilité, le HPI, le HPE et le TDAH


Pourquoi confond-on si souvent ces quatre notions ?


Des signes qui se recoupent. Certaines manifestations se retrouvent d’un profil à l’autre, à des degrés divers :

  • une saturation rapide dans les environnements chargés, bruyants ou très sollicitants ;

  • des pensées qui fusent et partent dans plusieurs directions à la fois ;

  • une fatigue en fin de journée qui paraît disproportionnée par rapport à ce qui a été vécu ;

  • des émotions intenses qui submergent vite et prennent du temps à s'apaiser ;

  • un sentiment de décalage avec les autres, dès l'enfance pour beaucoup.

Pris isolément, aucun de ces points ne permet de dire de quel fonctionnement il s’agit. La saturation dans une soirée bruyante peut venir d’un système nerveux qui reçoit trop d’informations à la fois, comme d’une attention qui n’arrive plus à se fixer. Le ressenti est proche, l’origine est différente.

Des listes de signes trop larges. Sur les réseaux sociaux, les contenus du type « 10 signes que vous êtes… » se multiplient. Ils ont le mérite d’ouvrir des questions, mais ils mettent souvent en avant des traits que beaucoup de gens partagent : se sentir épuisé après une longue journée, avoir l’impression d’être différent, ressentir fort. On peut alors facilement se reconnaître dans les quatre à la fois.

Des profils qui peuvent coexister. Une même personne peut être hypersensible et avoir un TDAH, ou être HPI et avoir un TDAH. On parle d’ailleurs de « double exceptionnalité » pour désigner les personnes à haut potentiel qui présentent aussi un trouble du neurodéveloppement ou des apprentissages (DYS). Un profil peut alors en masquer un autre.

Ce qui les distingue vraiment. Dans le cerveau, l’hypersensibilité, le HPI et le TDAH ne reposent pas sur les mêmes mécanismes :

  • Dans l’hypersensibilité, le cerveau traite les informations plus en profondeur. Les études d’imagerie, encore peu nombreuses, montrent une activité plus marquée dans les zones liées à l’empathie, comme l’insula, à la conscience de soi et de son environnement, et au contrôle de soi. C’est la conclusion d’une revue de la recherche publiée en 2018 par la neuroscientifique Bianca Acevedo, Elaine Aron et leurs collègues¹.

  • Dans le HPI, l’intelligence s’appuie sur un réseau qui relie les régions frontales et pariétales du cerveau. Ce modèle, appelé P-FIT, a été établi en 2007 à partir de la synthèse de 37 études d’imagerie². L’efficacité des échanges entre ces régions est associée au niveau d’intelligence.

  • Dans le TDAH, le cortex préfrontal, qui pilote l’attention, le contrôle des impulsions et la planification, se développe avec un temps de décalage. Une étude de référence, qui a suivi par IRM 223 enfants et adolescents avec un TDAH et autant de jeunes sans TDAH, a mesuré un retard de maturation d’environ trois ans en moyenne dans plusieurs régions du cortex³. Le fonctionnement de la dopamine et de la noradrénaline, deux messagers chimiques du cerveau, est également en jeu³.

  • Le HPE n’a quant à lui pas de définition scientifique partagée : aucune étude ne permet donc de lui associer un fonctionnement cérébral spécifique.



L'hypersensibilité : une particularité partagée par près d'une personne sur trois


  • Ce que c'est : un trait décrit dans les années 90 par les psychologues Elaine et Arthur Aron sous le nom de sensibilité de traitement sensoriel (Sensory Processing Sensitivity)⁴. Le système nerveux capte plus finement les informations sensorielles comme émotionnelles et les traite plus en profondeur (le traitement sensoriel ne désigne pas ici les organes sensoriels - yeux, oreilles etc - mais la façon dont les stimuli sont transmis et traités par le cerveau).

  • Comment cela se vit : une attention aux détails que d'autres ne remarquent pas (un changement de ton, une tension dans une pièce), des émotions vécues avec intensité, une forte sensibilité à la beauté, à la musique, aux ambiances, et un besoin de calme pour récupérer après une journée chargée (saturation rapide).

  • Combien de personnes sont concernées : environ 30 % de la population se situe dans le groupe le plus sensible, selon les travaux de la chercheuse Francesca Lionetti et de son équipe⁵. La sensibilité y apparaît comme un trait sur lequel chacun se situe, du moins au plus sensible.

  • Comment on l'identifie : l'hypersensibilité ne figure ni dans le DSM-5 ni dans la classification de l'OMS, puisqu'il ne s'agit pas d'un trouble. Elle ne se diagnostique pas, mais des questionnaires issus de la recherche, comme l'échelle mise au point par Elaine et Arthur Aron⁴, permettent d'évaluer son degré de sensibilité.



Le HPI : une mesure de l'intelligence, évaluée par un psychologue


  • Ce que c'est : un fonctionnement intellectuel supérieur à la moyenne, défini par un QI égal ou supérieur à 130. Environ 2,3 % de la population dépasse ce seuil. Le HPI n'est ni une maladie ni un trouble.

  • Comment cela se vit : une pensée rapide, qui avance par associations d'idées, une curiosité intense, un besoin de comprendre le fonctionnement des choses, et un ennui qui s'installe vite quand le rythme est trop lent. Ces descriptions viennent surtout des témoignages et de l'expérience des professionnels : elles ne suffisent pas à identifier un HPI.

  • Comment on l'identifie : par un bilan psychométrique réalisé par un psychologue, avec la WAIS chez l'adulte (sa version française actuelle est la WAIS-IV⁶) et la WISC chez l'enfant. Le bilan examine aussi l'équilibre entre les quatre grands indices du test : compréhension verbale, raisonnement perceptif, mémoire de travail et vitesse de traitement.

  • Son lien avec l'hypersensibilité : une étude publiée en 2023 a comparé 636 adultes au QI d'au moins 130 à plus de 10 000 personnes de la population générale⁷. Les personnes à haut potentiel n'étaient pas plus sensibles dans l'ensemble : un peu moins sur la réactivité émotionnelle, un peu plus sur la sensibilité esthétique. On peut donc être HPI sans être hypersensible, et inversement.



Le HPE : une compétence émotionnelle


  • Ce que c'est : un concept qui désigne une grande aisance avec les émotions, les siennes et celles des autres. Il ne figure dans aucune classification médicale ou psychologique, n'a pas de définition partagée par les chercheurs, et aucun test validé ne permet de l'identifier.

  • Comment cela se vit : selon ceux qui emploient le terme, une capacité à reconnaître ce que l'on ressent, à en comprendre l'origine, à l'exprimer et à choisir sa réponse. Et la même aisance avec les émotions des autres : les percevoir, les comprendre, y répondre avec justesse sans les prendre à son compte.

  • Sur quoi il s'appuie : l'intelligence émotionnelle, décrite dès 1990 par les psychologues Peter Salovey et John Mayer⁸, et étudiée depuis plus de trente ans.

  • Une compétence plus qu'une intelligence : le terme entretient un parallèle trompeur avec le HPI, en suggérant une disposition innée, que l’on posséderait ou non. Or comprendre et accueillir ses émotions relève d’une aptitude qui se développe. Une méta-analyse publiée en 2019 le confirme : l’entraînement à l’intelligence émotionnelle produit des progrès mesurables⁹.

  • Son lien avec l'hypersensibilité : l'hypersensibilité concerne l'intensité de ce que vous ressentez ; ce qu'on appelle HPE, la manière dont vous le comprenez et l'utilisez. On peut ressentir très fort sans savoir encore quoi faire de ses émotions. Apprendre à les apprivoiser, c'est justement développer cette compétence.



Le TDAH : un trouble du neurodéveloppement


  • Ce que c'est :  le seul des quatre profils de cet article à relever d'un diagnostic médical, posé selon des critères précis.

  • Comment cela se vit : des difficultés durables à maintenir son attention, des oublis fréquents, de l'impulsivité et, selon les cas, une agitation physique ou mentale. Pour parler de TDAH, ces difficultés doivent être présentes depuis l'enfance et peser dans plusieurs domaines de la vie : travail, études, relations, organisation du quotidien.

  • Une reconnaissance récente : décrit scientifiquement pour la première fois en 1902 par le médecin britannique George Still¹⁰, le trouble ne prend son nom actuel qu'en 1987, dans le manuel américain de référence des troubles psychiques¹¹. Longtemps considéré comme un trouble de l'enfant, il n'y reçoit des critères adaptés aux adultes qu'en 2013, avec le DSM-5¹¹. En France, la Haute Autorité de Santé a publié ses recommandations pour l'enfant et l'adolescent en 2024 ; celles qui concernent l'adulte sont en préparation¹².

  • Combien de personnes sont concernées : on estime qu'environ 2,6 % des adultes dans le monde ont un TDAH dont les signes étaient déjà présents dans l'enfance¹³. Beaucoup ne le découvrent qu'à l'âge adulte, parfois au moment où leur propre enfant est diagnostiqué.

  • Comment on l'identifie : le diagnostic est posé par un médecin (psychiatre, neurologue ou pédiatre pour les plus jeunes), souvent avec l'appui d'un bilan neuropsychologique. Un suivi peut ensuite être proposé, avec ou sans traitement médicamenteux.



Et si vous vous reconnaissez dans plusieurs profils ?


Se reconnaître dans plusieurs de ces descriptions est possible et il est difficile de faire la part des choses seul.e face à un écran. Si vous avez besoin de mettre des mots sur votre fonctionnement, s'il vous met en difficulté ou s’accompagne d’une souffrance qui dure, commencez par un bilan. Un psychologue spécialisé en neuropsychologie peut évaluer à la fois votre profil intellectuel, avec la WAIS, et votre fonctionnement attentionnel. C’est souvent le premier pas le plus éclairant : il permet de repérer un éventuel HPI et de voir si une piste TDAH mérite d’être explorée. Si c’est le cas, un médecin (psychiatre ou neurologue) confirmera ou non le diagnostic. Ensuite, ou en parallèle, un professionnel spécialisé de l’hypersensibilité vous aidera à comprendre votre sensibilité et à mieux vivre avec, quels que soient les résultats des bilans.



À propos de l'autrice



Alexandra Polaczyk est coach spécialisée en hypersensibilité.

Elle accompagne en ligne des femmes et des hommes hypersensibles depuis 2020. Plus de 250 personnes lui ont déjà fait confiance.

Titre RNCP de coach professionnelle, niveau 6 (RNCP25484) - École Française de Coaching

Formée à l’accompagnement des personnes hautement sensibles par l'Observatoire de la Sensibilité (devenu Institut), Saverio Tomasella


Sources

1 : Acevedo, B., Aron, E., Pospos, S. et Jessen, D. (2018). The functional highly sensitive brain: a review of the brain circuits underlying sensory processing sensitivity and seemingly related disorders. Philosophical Transactions of the Royal Society B, 373(1744), 20170161.

2 : Jung, R. E. et Haier, R. J. (2007). The Parieto-Frontal Integration Theory (P-FIT) of intelligence: converging neuroimaging evidence. Behavioral and Brain Sciences, 30(2), 135-154.

3 : Shaw, P., Eckstrand, K., Sharp, W. et al. (2007). Attention-deficit/hyperactivity disorder is characterized by a delay in cortical maturation. PNAS, 104(49), 19649-19654. Et Purper-Ouakil, D. et al. (2010). Neurobiologie du trouble déficit de l'attention/hyperactivité. Médecine/Sciences, 26(5), 487-496.

4 : Aron, E. N. et Aron, A. (1997). Sensory-processing sensitivity and its relation to introversion and emotionality. Journal of Personality and Social Psychology, 73(2), 345-368.

5 : Lionetti, F., Aron, A., Aron, E. N., Burns, G. L., Jagiellowicz, J. et Pluess, M. (2018). Dandelions, tulips and orchids: evidence for the existence of low-sensitive, medium-sensitive and high-sensitive individuals. Translational Psychiatry, 8, 24.

6 : Wechsler, D. (2011). WAIS-IV, Échelle d'intelligence de Wechsler pour adultes, 4e édition. Adaptation française, ECPA / Pearson.

7 : De Gucht, V., Woestenburg, D. H. A. et Backbier, E. (2023). Journal of Research in Personality, 104, 104376. Synthèse des auteurs.

8 : Salovey, P. et Mayer, J. D. (1990). Emotional intelligence. Imagination, Cognition and Personality, 9(3), 185-211.

9 : Mattingly, V. et Kraiger, K. (2019). Can emotional intelligence be trained? A meta-analytical investigation. Human Resource Management Review, 29(2), 140-155.

10 : Still, G. F. (1902). Some abnormal psychical conditions in children. The Lancet, 159, 1008-1012.

11 : American Psychiatric Association. DSM-III-R (1987) et DSM-5 (2013). Voir aussi A brief history of ADHD, Hôpital universitaire Vall d'Hebron (2022).


 
 
 

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