Hypersensibilité et fatigue : 8 conseils pour préserver votre énergie

Vous êtes hypersensible et avez le sentiment d'être bien souvent voire tout le temps fatigué.e ? Une soirée entre amis, une journée en open space ou une conversation tendue suffisent à vider vos batteries, quand d'autres semblent à peine touchés ? Explications et clés pour prendre soin de vous et retrouver votre vitalité...

Pourquoi les personnes hypersensibles se fatiguent-elles plus vite ?
Environ 30 % de la population présente une sensibilité élevée¹. Ce trait se traduit par une réflexion en profondeur, une vie intérieure riche, une saturation rapide face aux stimuli de l'environnement, une forte réactivité émotionnelle et une grande capacité à remarquer les nuances et les détails subtils de l'environnement. Ces dimensions forment les caractéristiques de l'hypersensibilité. Ce fonctionnement s"observe d'ailleurs le cerveau : une étude menée en 2014 par des chercheurs de l'université Stony Brook, à New York, a montré que les personnes les plus sensibles activaient davantage certaines zones cérébrales, notamment celles liées à la conscience, à l'intégration des informations sensorielles et à l'empathie². Une différence qui explique aussi, en partie, le sentiment de décalage que décrivent beaucoup de personnes hypersensibles.
Concrètement, dlles captent plus d'éléments de leur environnement que des personnes à la sensibilité plus basse. Leur réseau neuronal tourne plus vite et plus intensément dans certaines zones de leur cerveau hyperréactif, qui consomme donc plus d'énergie. Leur système nerveux peut être rapidement surstimulé par une grande quantité d'informations sensorielles et émotionnelles, traitées en profondeur (comme par exemple les bruits forts, les lumières vives, l'agitation, les sollicitations, les tensions relationnelles, le stress ou la tristesse d'un proche, d'un collègue...). Ce qui expose à une certaine saturation, avec la sensation de débordement, épuisante par définition. C'est ce qui explique la soudaineté avec laquelle une personne à la sensibilité élevée peut ressentir une surcharge émotionnelle (avec ses propres émotions ou celles qu'elle capte des autres), mais aussi sensorielle (bruits, lumières, odeurs fortes, agitation, sollicitations) et mentale. La combinaison de ces facteurs peut rendre les personnes hypersensibles plus exposées à une certaine fatigue psychique et physique. Rien à voir donc avec de la faiblesse, le fait d'être une petite nature ou même de la fainéantise, comme peuvent le penser d'elles-mêmes certaines personnes directement concernées (ou leur entourage) qui ne connaissent pas leur fonctionnement et leurs besoins. À titre d'illustration, imaginez que les stimuli captés par une personne à la sensibilité moyenne en une journée le soient par un hypersensible en une demi-journée seulement. Ça fait beaucoup, n'est-ce pas ? La survenue de la fatigue paraît donc plutôt logique... Et si les besoins de pause, de repos ou de ressourcement ne sont pas conscientisés et comblés, cette fatigue s'installe durablement et devient alors chronique. Les batteries stagnent dans la zone rouge ou orange et une grasse matinée ne suffit plus à les recharger et les remettre dans le vert.
Quels sont les signes d'une fatigue qui s'installe ?
La fatigue peut peser lourd sur le quotidien d'une personne hypersensible. Elle se repère à plusieurs signes, qui s'additionnent bien souvent.
La concentration baisse. Les tâches habituelles demandent plus d'effort, on relit trois fois le même paragraphe, les oublis se multiplient.
L'humeur se dégrade. L'irritabilité augmente, la sensation d'être à fleur de peau aussi. Les émotions et les sens, déjà intenses, s'exacerbent, ce qui peut créer des tensions dans les relations personnelles et professionnelles.
Décider devient plus difficile. Beaucoup de personnes hypersensibles ont déjà besoin de temps pour faire un choix, car elles envisagent toutes les conséquences possibles de chaque option et vivent mal l'idée de se tromper. La fatigue accentue cette difficulté.
Le sommeil se détériore. Les nuits deviennent agitées, les pensées tournent en boucle au coucher, les ruminations s'invitent.
Le corps envoie des signaux. Coups de pompe, palpitations, petits vertiges, tensions dans la nuque ou les épaules.
Ces manifestations peuvent avoir d'autres causes : consultez votre médecin pour écarter tout problème de santé. Une fois ce point vérifié, la fatigue liée à la surstimulation peut se prévenir : il est possible d'apprendre à préserver son énergie au quotidien.
Comment préserver son énergie quand on est hypersensible ?
Respecter votre seuil de tolérance à la stimulation. Pour cela, il est impératif d'établir des limites pour vous protéger de l'impact des stimuli sensoriels et émotionnels. Par exemple, équipez-vous de bouchons d'oreille spécifiques qui filtrent certains bruits sans empêcher la communication ; mettez des lunettes de soleil si vous êtes incommodé(e) par la luminosité extérieure, même s'il fait gris ; avant une soirée, expliquez à vos hôtes que vous partirez peut-être plus tôt car les stimuli vous épuisent. Et si vous n'en pouvez plus au bout d'une heure ou deux, écoutez-vous, ne subissez plus pour faire plaisir ou par peur de ce que les autres vont penser. Votre hyperempathie vous épuise ? Visualisez un bouclier ou une bulle qui vous entoure et bloque la négativité ambiante ; Fermez les yeux et répétez un mantra type « Cette négativité ne m’appartient pas, je la renvoie », apprenez à ne pas être toujours disponible pour les autres en respectant vos besoins, surtout si vous ressentez déjà de la fatigue.
Vous reconnecter à votre corps. Apprenez à repérer les premiers signaux de fatigue : mâchoire serrée, épaules remontées, yeux qui piquent, envie soudaine de silence. Quelques secondes d'attention à ces sensations, plusieurs fois par jour, permettent de réagir avant d'être totalement épuisé.e. Le corps ne ment pas.
Ralentir le rythme. Dès que possible, prenez le temps de faire les choses. Glissez quelques minutes de pause entre deux rendez-vous, respirez lentement et profondément, par exemple en inspirant sur cinq secondes puis en expirant sur cinq secondes. Ces moments de calme apaisent le système nerveux.
Créer un environnement apaisant. Aménagez chez vous un coin calme et confortable qui répond à vos besoins : une lumière douce, un fauteuil où vous retirer, un casque antibruit à portée de main. Au travail, quand c'est possible, choisissez une place éloignée des allées et venues.
Prendre soin de votre sommeil. Dormez suffisamment pour vous régénérer. Couchez-vous à heure fixe, éloignez les écrans du lit, et accordez-vous un moment de décompression avant d'éteindre : lecture, musique douce, quelques étirements.
Prendre soin de votre alimentation. Au-delà des repères habituels d'une alimentation équilibrée, veillez à un apport suffisant en protéines (végétales comprises), en magnésium et en fer, et prenez soin de votre microbiote intestinal. Certains nutriments, comme le magnésium, contribuent au bon fonctionnement du système nerveux. Avant toute supplémentation, parlez-en à votre médecin.
Pratiquer des activités ressourçantes. Une marche en forêt, du dessin, de la musique, du yoga, de la méditation : choisissez ce qui vous recharge vraiment, seul.e ou entre amis selon votre énergie du moment.
Demander de l'aide si nécessaire. Si la fatigue persiste malgré ces ajustements, ou si elle s'accompagne d'une souffrance qui dure, n'attendez pas pour en parler à votre médecin traitant, qui pourra vérifier qu'aucune autre cause n'est en jeu. Si elle s'accompagne d'un mal-être profond, un professionnel de santé mentale saura vous orienter. Et si c'est votre fonctionnement d'hypersensible qui vous met en difficulté au quotidien, un accompagnement spécialisé en hypersensibilité aide à mieux connaître vos besoins, à repérer ce qui vous épuise, et à ajuster votre rythme pour retrouver de l'élan.
À propos de l'autrice

Alexandra Polaczyk est coach spécialisée en hypersensibilité.
Elle accompagne en ligne des femmes et des hommes hypersensibles depuis 2020. Plus de 250 personnes lui ont déjà fait confiance.
Titre RNCP de coach professionnelle, niveau 6 (RNCP25484) - École Française de Coaching
Formée à l’accompagnement des personnes hautement sensibles par l'Observatoire de la Sensibilité (devenu Institut), Saverio Tomasella
Sources
1 : Lionetti, F., Aron, A., Aron, E. N., Burns, G. L., Jagiellowicz, J. et Pluess, M. (2018). Dandelions, tulips and orchids: evidence for the existence of low-sensitive, medium-sensitive and high-sensitive individuals. Translational Psychiatry
2 : Acevedo, B. P., Aron, E. N., Aron, A., Sangster, M.-D., Collins, N. et Brown, L. L. (2014). The highly sensitive brain: an fMRI study of sensory processing sensitivity and response to others' emotions. Brain and Behavior
3 : Aron, E. N., Aron, A. et Jagiellowicz, J. (2012). Sensory processing sensitivity: a review in the light of the evolution of biological responsivity. Personality and Social Psychology Review




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